-oir


-oir

⇒-OIR, -OIRE, suff.
I.-oir (suff. de subst. masc.), -oire (suff. de subst. fém.). Suffixes issus respectivement du lat. -orium et -oria (tous deux dér. de la finale masc. -or qui désigne un agent); ils servent à constr. des subst. désignant des instruments ou des lieux.
A. —[Le subst. est formé sur un rad. verbal]
1. [Le suff. sert à former des termes désignant un instrument, un outil, une pièce d'un ensemble constr.] V. bouchoir, bouffoir (rem. s.v.bouffer), butoir, claquoir, débouchoir, découpoir (rem. s.v. découper), dégraissoir (dér. s.v. dégraisser), démêloir, dévidoir, écharnoir (rem. s.v. écharner), épiloir (dér. s.v. épiler), flamboir (rem. s.v. flamber), houssoir, miroir, tranchoir, subst. masc.; balançoire, bassinoire, lardoire, subst. fém.
AMEUBL. [Le subst. désigne un meuble, une partie de meuble] V. accotoir, accoudoir, dressoir, subst. masc.; caquetoire (dér. s.v. caqueter), subst. fém.
Spéc. [Le subst. désigne un instrument, une pièce ayant trait à un processus techn.] V. accordoir, affinoir, bouloir, boutoir, dévissoir (rem. s.v. dévisser), encensoir, lissoir, repoussoir, subst. masc. et aussi:
appuyoir, subst. masc. ,,Instrument employé notamment par les ferblantiers pour presser deux pièces à souder l'une contre l'autre`` (DUVAL 1959).
ébarboir, subst. masc. Outil servant à ébarber. V. morfil2 ex. de Adeline.
AGRIC., JARD. V. arrachoir (rem. s.v. arracheur), arrosoir, bêchoir, botteloir (dér. s.v. botteler), buttoir (dér. s.v. butter), déplantoir (dér. s.v. déplanter), échenilloir (dér. s.v. écheniller), émondoir, greffoir (dér. s.v.greffer), subst. masc.
ART DENT. V. déchaussoir (dér. s.v. déchausser), subst. masc.
CORD. V. embouchoir, machinoir, subst. masc. et aussi:
ébourroir, subst. masc. ,,Outil à main qui sert à ébourrer`` (RAMA 1973).
GRAV. V. ébauchoir, gravoir, subst. masc.
♦[Le subst. désigne un récipient, un orifice ou ce qui est relatif à un processus d'écoulement] V. arrêtoir, crachoir, déchargeoir, dégorgeoir, dévaloir (rem. s.v. dévaler), déversoir, vidoir, subst. masc.
2. [Le subst. désigne un lieu] V. abreuvoir, becquetoir (dér. s.v. becqueter), boudoir, cancanoir (rem. s.v. cancan1), fatiguoir (rem. s.v. fatiguer), guettoir (rem. s.v. guetter), juchoir, observatoire, pissoir, urinoir, subst. masc.
[Le subst. désigne un lieu où se déroule une opération techn.] V. affenoir, dépotoir, fumoir, subst. masc.
3. [Le subst. désigne à la fois un instrument (un objet, un outil) et l'endroit où se déroule une action] V. ajustoir, brûloir, chauffoir, échaudoir, étouffoir, germoir, grilloir, subst. masc.; mangeoire, subst. fém.
B. —[Le subst. est formé sur un rad. subst.]
1. [Le subst. désigne un instrument, un outil, un objet] V. aranteloir (dér. s.v. arantèle), bougeoir, crémoir, jabloir (rem. s.v. jable), subst. masc.
2. [Le subst. désigne un lieu] V. colonnoir (rem. s.v. colonne), subst. masc.
C. —[Le subst. est formé sur un rad. adj.] Rare. V. discrétoire (dér. s.v. discret1), subst. masc.
II.-oire, suff. servant à constr. des adj. d'apr. les adj. lat. en -orius. Les adj. sont formés à partir du rad. du supin du verbe lat. ou sont directement issus du verbe fr. ou du subst. (gén. issu du verbe) fr. Ils désignent une relation avec l'élément désigné par le radical.
A. —[L'adj. en -(at)oire correspond très souvent à un subst. en -(at)ion]
1. -atoire. V. compensatoire, confabulatoire (dér. s.v. confabuler), congratulatoire (rem. s.v. congratuler), décoratoire (rem. s.v. décorer), diffamatoire, discriminatoire, éliminatoire, estimatoire (rem. s.v. estimation), exécratoire, exploratoire (rem. s.v. explorer), fascinatoire (rem. s.v. fasciner), gesticulatoire (rem. s.v. gesticulation), jubilatoire, narratoire, natatoire, ostentatoire.
Spécialement
DR. V. accusatoire, annulatoire (dér. s.v. annuler), conciliatoire, conservatoire, déclaratoire, déclinatoire (dér. décliner1), fulminatoire, impétratoire (rem. s.v. impétration), licitatoire (rem. s.v. licitation), novatoire (rem. s.v. novation).
♦[En parlant de ce qui se rapporte à un élément ou processus biol., méd., physiol., phys. ou technol.]
BIOL., MÉD., PHYSIOL. V. aspiratoire, assimilatoire, balnéatoire, consommatoire (rem. s.v. consommer), épilatoire, fumigatoire (rem. s.v. fumigation), hallucinatoire, inflammatoire, manducatoire (rem. s.v. manducation), masticatoire (dér. s.v. mastiquer), olfactoire (rem. s.v. olfactif).
PHYS., TECHNOL. V. crématoire, dépuratoire (dér. s.v. dépurer), distillatoire, élévatoire, épuratoire (rem. s.v. épurer), évaporatoire, giratoire, gravitatoire (rem. s.v. gravitation), ondulatoire.
♦[En parlant de ce qui a trait à des pratiques, à des comportements relig.] V. conjuratoire, consécratoire, divinatoire, excommunicatoire (rem. s.v. excommunier), imprécatoire, incantatoire, libatoire (rem. s.v. libation), mortificatoire.
2. -oire. V. allusoire (rem. s.v. allusif), élocutoire.
Spécialement
DR. V. collusoire, compromissoire (dér. s.v. compromis), contributoire, provisoire.
PHYSIOL. V. excrétoire, sécrétoire.
B. —[Cas où le subst. en -(at)ion correspondant n'est pas att.] V. attentatoire, baladoire, blasphématoire, dînatoire, jardinatoire (dér. s.v. jardiner), soupatoire et aussi:
cantatoire (cantat-, du lat. cantat-, rad. du supin de cantare, vraisemblablement calqué sur l'adj. incantatoire). [P. anal. avec l'attitude d'un chanteur] Qui veut plaire. C'était le premier secrétaire d'une paroisse bien pensante de Paris, que nous traînions ainsi à la barre. Impossible d'imaginer personnage plus feutré, plus convenable, plus garé que celui-là. Je me le représentais, faisant sa tournée cantatoire (L. DAUDET, Brév. journ., 1936, p.165).
Rem. 1. -oir est un suff. verbal (verbes lat. en -: > devoir). Les formes en -eoir témoignent d'une survivance étymol.: a et e, en syll. initiale, se sont conservés sous la forme d'un [] dans l'anc. lang.: cheoir, choir; veoir, voir. D'où certaines formes arch. comme asseoir (absidére, d'apr. sedére), absedére, asseoir. V. messeoir, rasseoir, surseoir. 2. -eoir qui, en a. fr., reproduit -atorium, est primitivement propre aux dér. de verbes de la 1re conjug.: ouvreoir, parmeoir (d'apr. NYROP t.3 1936 §275); (de même, pour les fém., on avait des formes comme passeoire).
Hist. et Vitalité
A. —Formation
1. a) Les subst. cités supra I A sont issus de verbes du 1er groupe.
b) Subst. formés sur le rad. du part. prés. de verbes du 2e groupe. ) Outils. V. brunissoir, catissoir (dér. s.v. catir), subst. masc.; rôtissoire, subst. fém. ) Lieux. V. abêtissoir, croupissoir (dér. s.v. croupir), subst. masc.
c) Subst. formés sur les rad. de verbes du 3e groupe. ) Outils. V. battoir, cueilloir (dér. s.v. cueillir), fendoir, subst. masc. ) Lieux. V. abattoir, dormoir (rem. s.v. dormir), subst. masc.
2. Autres modes de formation de subst. dér. de verbes. V. bouillitoire, subst. masc. ou fém.; dormitoire (rem. s.v. dormir) (fam.), mâchicatoire, subst. masc.; comprenoire (fam.), échappatoire, subst. fém.
3. Les subst. et adj. en -oir, -oire, -atoire sont nombreux sous forme d'empr. du lat.
a) Subst. V. adjutoire, auditoire, subst. masc.; histoire, subst. fém. ) Le subst. désigne un instrument, un outil. V. aspersoir, pressoir, rasoir, tortoir, subst. masc.; doloire, écritoire, subst. fém. ) Le subst. désigne un lieu. V. dépositoire (dér. s.v. déposer2), dortoir, laboratoire, oratoire, reposoir, terroir, subst. masc. ) Le subst. désigne (une relation avec) un élément, une pratique relig. V. ciboire, consistoire, démissoire, subst. masc. ) Le subst. désigne un élément jur. V. pétitoire, subst. masc. ) Le subst. désigne une plante. V. eupatoire, impératoire, subst. fém.
b) Adj., v. consolatoire, contradictoire, déambulatoire, débellatoire, déclamatoire, dérisoire, méritoire, migratoire, opératoire, transitoire. Spéc. Dr. V. absolutoire, accessoire, aléatoire, ambulatoire, captatoire, comminatoire, commissoire, décisoire, dérogatoire, dilatoire, évocatoire, exécutoire, moratoire, notoire, obligatoire, péremptoire, possessoire, résolutoire. [En parlant de ce qui est relatif à un processus phys., physiol.] V. jaculatoire, lacrymatoire, oscillatoire. [En parlant de ce qui a trait à des pratiques, à des comportements relig.] V. déprécatoire, expiatoire, expurgatoire (rem. s.v. expurger), gestatoire, purificatoire.
B. —Genre. Les subst. en -oir sont du masc.; ceux en -oire sont le plus souvent du fém.: lat. armarium > une armoire, le genre de ce mot étant resté longtemps incertain. On avait d'autre part, dans l'anc. lang., une auditoire (encore au XVIIe s.), une interrogatoire, une oratoire; mais le genre étymol. l'a remporté pour ces mots; parmi les mots primitivement du fém., la termin. étymol. des masc. a exercé une influence dans certains cas: lat. historia > un histoire au Moy. Âge (d'apr. NYROP t.3 1936, § 696). V. les couples masc.ém. affiloir/affiloire, attrapoir/attrapoire, bouilloir (dér. s.v. bouillir)/bouilloire, catissoir (dér. s.v. catir)/catissoire (rem. s.v. catir), débarbouilloir (rem. s.v. débarbouiller)/débarbouilloire (rem. s.v. débarbouiller), décrottoir (dér. s.v. décrotter)/décrottoire (dér. s.v. décrotter), écumoir (rem. s.v. écumer)/écumoire (rem. s.v. écumer), épissoir/épissoire, glissoir/glissoire, grattoir/grattoire, polissoir/polissoire.
C. —Vitalité
1. Le suff. subst. sert d'une façon gén. à former des noms d'outils artisanaux, d'instruments de jardinage, d'objets artistiques, beaucoup de ces objets et leurs dénominations étant vieillis sinon hors d'usage aujourd'hui (affenoir, claquoir, houssoir); les termes sont gén. du XIXe s. ou antérieurs; le suff. n'est plus guère productif.
a) À noter, parmi les formations les plus récentes ) les subst. masc. oublioir, néol. (A. Césaire, 1965); vidoir (1911); vivoir, région. (Canada) (1919); ) et, gén. fam., arg., rare: achetoir, subst. masc., arg. «argent des voleurs» (1861); gueuloir, subst. masc., fam. «bouche» (en tant qu'instrument de résonance) (1862), fatiguoir, subst. masc., rare «lieu où on se fatigue» (Colette, 1902); comprenoire, subst. fém., fam. «faculté de comprendre» (1926); cancanoir, subst. masc., néol. «endroit où l'on cancane» (L. Daudet, 1927); becquetoir, béquetoir, subst. masc., arg. «réfectoire» (1939); v. aussi pensoir, subst. masc. «lieu où on pense, où on se recueille»: En tailleur Chanel. Les soeurs Giussoni (...). Ce bureau vide c'est leur «pensoir» et elles sont là tous les jours, même le dimanche, pour inventer de nouvelles aventures à leur fils chéri Diabolik (...) la bande dessinée la plus lue d'Italie (Paris-Match, 4 mai 1968, p.155, 4e col.).
b) Parallèlement à la baisse de productivité de -oir, -oire, il convient de rappeler le succès de -eur/-euse, notamment dans les désignations de machines. V. les couples formés sur le même rad. tels que bobinoir (dér. s.v. bobiner), subst. masc./bobineuse, subst. fém., botteloir (dér. s.v.botteler), subst. masc./botteleuse, subst. fém., plantoir, subst. masc./planteuse, subst. fém. On a pourtant aussi d'anc. formes en -eur remplacées par des formes plus récentes en -oir: arracheur/arrachoir (rem. s.v. arracheur), butteur (dér. s.v. butter)/buttoir, émondeur/émondoir.
2. Le suff. adj. -(at)oire reste davantage disponible que le suff. subst. étudié. Notons certaines formations libres, fam. ou néol.: cantatoire, dînatoire, soupatoire.
Prononc.:[]. Bbg. DARM. 1877, p.69, 70. — DUB. Dér. 1962, p.16, 44, 60, 91, 112. — GAWELKO (M.). Évolution des suff. adj. en fr. Wroclaw-Warszawa, 1977, p.67. — GOOSSE 1975, p.7, 8.

1. -oir, -oire
Suffixe de noms masculins et féminins, du lat. -orius, servant à former des noms d'instruments.
REM. Ces suffixes, du fait de l'évolution des techniques, ont une productivité limitée (par rapport à -eur, -euse servant à former des noms de machines; → Plantoir; planteuse). Ils servent encore à former des noms d'outils artisanaux, de dispositifs (→ cit. 1, Goncourt) ou même des substantifs abstraits (→ cit. 2, Césaire, avec une intention stylistique ironique).
1 (…) des tapisseries représentant des saintes brodées à l'aiguille, des crucifix, des portoirs de faïence (…)
Ed. et J. de Goncourt, Journal, t. III, p. 130.
2 Les Vietnamiens, avant l'arrivée des Français dans leur pays, étaient gens de culture vieille, exquise et raffinée. Ce rappel indispose la Banque d'Indochine. Faites fonctionner l'oublioir !
Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, p. 35.
3 Une conséquence de ce phénomène (la mécanisation) a été d'imposer -eur, -euse à la place des anciens suffixes de noms d'instruments. Ainsi les mots en -oir qui désignent des instruments aratoires ou ménagers sont relégués au rang d'instruments de jardinage pour les premiers et de reliques ou d'objets artistiques pour les seconds : binoir (…) affenoir, lustroir (…) ratissoire, bassinoire, etc. Dans d'autres, la motivation suffixale n'est plus sentie : baignoire.
J. Dubois, la Dérivation suffixale, p. 44.

Encyclopédie Universelle. 2012.


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